Broadcast – The Noise Made by People

broadcast_thenoiseAnnée de parution : 2000

Édition : CD, Warp – 2000

Style : Dream Pop, Space Age Pop Psychédélique

Note : ★★★★★

Premier véritable album de Broadcast ; premier chef d’oeuvre absolu. Ce disque, c’est un peu un condensé extatique de presque tout ce que j’aime en musique. La meilleure space age dream pop électro-psychédélique sixties enfumée EVER (sublimée par une prod électronique à mi-chemin entre le vintage et la modernité). Les sons de claviers les plus ensorcelants ever. Un mixing de fou. Des arrangements morriconesques. Du fuzz par ci par là. De la batterie Silver Apples-esque. Des chansons à faire baver de pâmoison jusqu’à l’étourdissement. Et comme si ce n’était pas assez : un travail remarquable sur les atmosphères fantomatiques, conférant à tout le disque cet aspect « library music » qui me chavire autant la matière crise que le coeur (qui bat très très fort pour cet album).

Ah ouais, et il ne faut JAMAIS oublier de parler de Trish. Parce que Trish, c’est mon amour secret. Ma sirène damnée. La tentatrice qui nous susurre ses secrets et ses mélancolies à l’oreille. Et tout ça avec une  impassibilité froide qui peut la faire paraître presque robotique/inhumaine à première écoute. Mais il n’en est rien… À mesure qu’on se familiarise avec Broadcast, on commence à entrevoir qu’il y a en elle un océan d’émotions confuses; prêt à déborder à tout moment. Mais elle se restreint, la Trish, gardant toujours sa prestance glacée qui convient à la musique du groupe… Bon Dieu qu’elle me manque d’ailleurs celle-là. Un départ hâtif et imprévu de l’autre côté du miroir qui observe… Elle ne chante plus dans notre monde, mais je suis convaincu qu’un autre planisphère peut se ravir de sa voix miraculeuse en ce moment même.

trish-keenan-2009-608x437

« The Noise Made by People » débute avec un morceau on ne peut plus flottant. « Long Was the Year » a probablement été enregistré sur un cumulonimbus. Impossible sinon d’expliquer cette apesanteur sonore ainsi que ces perturbations climatiques. Dur de faire mieux comme intro d’album que cette incantation électrique à la fois lourde et rêveuse. On retourne ensuite sur le plancher des vaches pour un « Unchanging Window » qui est vachement film noirish. Vous vouliez du Dream Lounge nocturne ? En voici une belle rasade mes amis ! C’est aussi ténébreux que lumineux, légèrement jazzy, opiacé/endolori à souhait et il y a cette batterie paresseuse qui fait mouche. Un autre morceau que n’aurait pas renié le maestro Ennio ! Après un court (et délicieux) interlude ambiant qui aurait aisément pu figurer dans la bande son du film Carnival of Souls, nos tympans déjà enjoués s’apprêtent à faire connaissance avec une certaine forme de perfection pop… Vient « Come On Let’s Go », LA pièce par laquelle mon amour invétéré pour Broadcast a vu le jour. Que dire de plus à part le fait que cette chanson est absolument magistrale ? Je défie quiconque de l’écouter et de ne pas sentir qu’il ou elle lévite au moins juste un peu. Tout est ridiculement magique ici. Ces claviers cotonneux (atmosphériques en diable) qui surplombe le tout, ces autres synthés gialllo-licieux, cette batterie tellement euphorisante et par dessus ça ya Trish qui te demande d’aller avec elle, qui te dit qu’elle sera toujours là pour toi (fantasme suprême) et qui t’invite à oublier la superficialité de la plupart des rapports humains modernes. Comment ne pas fondre à l’écoute d’un tel morceau ? Il n’est pas rare que je me le remette 2-3 (voir 8) fois à chaque fois que j’écoute l’album.

On poursuit notre périple avec un autre des plus grandes pistes de Broadcast à mon humble avis : Echo’s Answer. Ici, pas de batterie. Que des oscillations électroniques ; une sorte de dream drone qui fait office de tapisserie sonore éthérée. Et mamzelle Keenan qui chante ce beau texte surréaliste par dessus. Autre pièce purement instrumentale, « The Tower of Our Tuning », se rapproche un peu de ce que pourrait donner le post-rock dans une forme plus psychédélique. Très très cool. L’autre single du disque, « Papercuts », est presque aussi bonne que « Come On Let’s Go », ce qui n’est pas peu dire. Souvenirs sepia-jazzy d’une relation (amitié ou amour ? ce n’est pas clair) qui semble tourner au vinaigre… Les claviers sont ici plus lourds et électriquement mal calibrés, ce qui confère une noirceur un peu malsaine au tout. Le refrain est juste fabuleux, digne de sieur Bacharach à sa meilleure période (mais un Burt qui verserait plutôt dans le chamanisme). On reste dans le trouble et le dérangement avec « You Can Fall ». Ce disque commence vraiment à verser dans les ténèbres hirsutes… L’instrumentation exploite totalement ce côté « décalé », ce qui donne un aspect presqu’inquiétant au titre. On est pas loin du Electric Storm de White Noise.

On continue notre voyage au bout de la nuit avec un « Look Outside » qui se conclut sur une envolée instrumentale presque western spaghetti. Vient alors mon autre morceau préféré de l’album : Until Then. Magie. Magie. MAGIE !!! Cette espèce de complainte folk médiévale (avec sa simili-flûte entêtante à l’appui) qui se retrouve supportée à mi-chemin par une guitare FUZZ rutilante me fait presque chialer à chaque écoute. C’est le premier morceau que j’ai écouté après avoir appris la mort de Trish. Et que dire de cette finale tétanisante ? Un moment « électro-acoustique » extatique qui a de quoi surprendre l’auditeur qui pensait écouter un petit disque de downtempo sympathique.

« City in Progress » essaie de s’extirper du brouillard qui sévit depuis déjà un bon bout mais n’y parvient pas… Des passages foutraques et mécaniquement déficients viennent entrecouper le morceau d’une bien admirable façon. Et il y a aussi ces voix masculines déshumanisés (ou est-ce les claviers ?) qui sont loin d’être rassurantes. La destination finale, « Dead The Long Year », est encore moins réconfortante. C’est une sorte de jam noctambule-acide, très kraut-rock, avec cette intro/outro vraiment lugubre qu’on pourrait entendre chez Stockhausen. Je me répète mais les gens de Broadcast aiment bien nous laisser sur un morceau obtus en diable et différent de tout ce qu’ils nous ont servis jusqu’à ce moment…

—-

Encore une fois, je me suis suffisamment épanché (trop même, diront certains) sur ce disque. Mais le résumé de mes élucubrations c’est que « The Noise Made by People » vaut fichtrement le coup. C’est un très grand album. Cela fait bientôt 20 ans qu’il est sorti et il n’a pas vieilli d’un poil. Que tous ceux qui aiment leur pop aventureuse, psychotronique, émotive, grandiloquente, rétro-futuriste (et toutes ces belles choses) ne passent pas à côté de ce disque et de ce groupe, aisément un des plus sous-estimés de l’histoire.

broadcast-collage

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s