RADIO TaTARI ­- Episode 12 – Rituel

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Joyeux Halloween 2018 mes chers mélomanes taris !

Cette année, pour célébrer cette ancienne fête païenne,  je vous ai concocté un périple sonore assez insolite dans les limbes indicibles, à mi-chemin entre rêve et cauchemar… Un rituel lugubre sous forme de mixtape damnée.

Laissez vous transporter à travers de bien sombres contrées… Au programme : industriel satanique, classique contemporain crispant, death metal schizoide, dark ambiant suranné à souhait,  musique électro-acoustique à faire pâlir (d’effroi) les poils de nez du plus fugace des aventuriers du tympan… et bien sûr ce vieux cinglé Scott Walker (alias le grand-père que j’aurais aimé avoir).

Tracklist :

Mystère et boule de gomme…

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RADIO TaTARI ­- Épisode 11 – Those CRAZY nights in ST-ETIENNE-DES-GRÈS !!!!

crazy-nights

Oyé Oyé Bonjour Salam Aleikoum Salut !

Un épisode complètement déjanté pour vous, mes frères et seuls amis. Des interventions pitoyables au micro (mes pires), des cafouillages à foison mais surtout : de la très bonne musique sélectionnée sur le pif, sans logique d’enchaînement. Le tout ne tient qu’à un fil mais ça demeure un de mes épisodes préférés pour cette raison.

Tracklist :

  1. You’re Still My Baby (Complete & Unbelievable: The Otis Redding Dictionary of Soul, 1966) by Otis Redding
  2. Krokodil (Abyssal Gods, 2015) by Imperial Triumphant
  3. If Not This Time (Cauldron, 1968) by Fifty Foot Hose
  4. Cold Was The Ground / Blues Trip #1 (Holy Letters, 1994) by L
  5. Lishonile (Batsumi, 1974) by Batsumi
  6. La Chanson de Mai (À l’entrée du temps clair, 1979) by Véronique Chalot
  7. Back There Benjamin (Everywhere at the End of Time – Stage 3, 2017) by The Caretaker
  8. 6.2 (6, 2003) by Supersilent
  9. Turku (Elektronik Türküler, 1974) by Erkin Koray
  10. Vordhosbn (drukqs, 2001) by Aphex Twin
  11. Abre La Puerta (El patio, 1975) by Triana
  12. Maiden Voyage (Maiden Voyage, 1966) by Herbie Hancock
  13. Long Season (98.12.28 Otokotachi no Wakare, 1999) by Fishmans

Fusioon – Minorisa

Fusioon-minorisaAnnée de parution : 1975

Édition : Vinyle, Vinilísssimo – 2010

Style : Prog-Rock d’influence Canterbury-esque, Jazz-Rock, Prog Symphonique, Funk, Expérimental, Kraut-Rock

Note : ★★★★½

Fusioon est un groupe majeur de la scène prog ibérique ; scène musicale qui me fascine actuellement. Ceci est leur 3ème et dernier album. C’est aussi probablement leur meilleur selon bien des bonnes gens… Je crois que je vais aussi devoir bientôt m’atteler aux 2 précédents parce que d’après les extraits entendus, ils ne sont pas piqués des vers eux non plus.

Donc on est en mi-70s. Le prog est partout. En Angleterre et en Italie, bien évidemment (scènes les plus connues, vu la quantité astronomique de disques légendaires provenant de ces azimuts). Mais chaque pays vit sa petite révolution prog-jazzy-expé-psych à sa façon. Et l’Espagne n’est pas en reste avec un nombre assez impressionnant de formations oeuvrant dans le style… C’est d’abord Triana, groupe de Séville, et leur sublime disque « El Patio » (fusion prog et flamenco = bonheur absolu) qui m’a ouvert grand la porte du monde fascinant qu’est celui du prog hispanique.

Fusioon, mis à part quelques similitudes, sont dans un tout autre genre. On parle ici de Prog symphonique (tous claviers déployés) mais avec plusieurs influences bigarrées. De un, on dénote une très forte influence de la Canterbury Scene (le groupe EGG en particulier). C’est Jazz-Rock jusqu’à la moelle. De deux, ça groove sans bon sens ce truc ! La musique du quatuor vrombit de funkytude dégoulinante. La section rythmique (basse et batterie) se croit tantôt chez James Brown, tantôt chez Goblin (ou Libra). La guitare peut être émotive comme chez leurs cousins italiens PFM ou bien enflammée (façon latino-rock) comme chez Santana. Pour les synthés, c’est encore plus compliqué et fascinant… Ils sont un brin schizoïdes les bougres ! Niveau claviers/piano, on ne sait pas si on a affaire à du Zappa, du Gentle Giant, du Yes, du Miles Davis, du Crimson… voir même du Klaus Schulze (ces moments expérimentaux vers la fin du disque, flirtant langue déployée avec la musique électronique/concrète).

La Face A consiste à un long morceau-fleuve complètement génial, « Ebuscus ». Ce bijou de près de 20 minutes nous montre presque tout l’éventail sonore ébouriffant des habiles Catalans. Prog tantôt sombre, tantôt lumineux ; mais toujours biscornu et loufoque. Des claviers omniprésents mais polymorphes à souhait (tel qu’évoqué ci-haut). Des changements de direction rafraichissants à toutes les 2 minutes. Une belle alternance entre moments extravagants, accessibles et contemplatifs. Une basse à faire jouir le fan de groove qui sommeille en vous, avec sa batterie habile qui la seconde merveilleusement… La musique est surtout instrumentale ; les comparses usant leurs organes vocaux uniquement à certains moments opportuns (et souvent en choeurs). Grande piste que voilà ! On ne s’ennuie jamais à l’écoute et même si l’ensemble peut avoir l’air un brin décousu (une suite de piécettes insensées), la qualité compo/perfo est tellement forte qu’on en redemande !

La Face B commence avec la pièce-titre, une autre suite (de 11 minutes celle-là) toute aussi jubilatoire. Après une intro un brin austère, des envolées de piano classique (à faire éclater de bonheur la cervelle de tout mélomane qui se respecte) entraînent le morceau vers d’autres sphères inusitées. Des samples de cloches d’église accompagnent le délire hautement théâtral offert à nos tympans gavés de segments orgiaques où s’entremêlent funk, folk, musique classique, jazz, etc… Autre réussite totale !

Puis c’est le grand saut dans l’inconnu avec « Llaves del Subconsciente », la dernière piste du disque… et pas la plus facile d’accès. Mais vous commencez à me connaître, n’est-ce pas ? Moi, plus c’est fucké, plus j’en raffole. Je pense que nos espagnols ont probablement bouffé pas mal de rock germanique à ce moment de leurs vies parce qu’on dirait qu’ils nous livrent ici leur vision bien particulière du Kraut-Rock… Cela commence comme un long jam acide et ambiant, très Amon Düül (premier du nom). Et après un certain temps, le jam devient confus… le morceau commence à se déconstruire dans la nuit des temps pour devenir un genre de frémissement sonore complètement barré. J’évoquais Klaus Schulze plus haut, mais ça fait aussi penser à Joe Meek, à de la Library Music ou au BBC Radiophonic Workshop… Claviers détraqués au menu. Et ça se finit soudainement, dans un beau vacarme électronique.

VRAIMENT un très très très très très bon disque que voilà ! Ma cote pourrait même augmenter un de ces 4, une fois le disque complètement apprivoisé.

Radio Tatari – Couzibros en déliiiiire !!!

Bien l’bonjour m’sieurs-dames !

Et oui ! Je ne suis pas mort dans un funeste accident de portemanteau, comme vous auriez pu le croire vu l’absence totale (et même complète) de contenu sur le blogue ces 2 derniers mois.

Que s’est-il passé depuis tout ce temps ? Et bien, j’ai…

  • Mangé des pogos vegan avec Masami Akita
  • Été aspiré dans une dimension parallèle où tout est exactement pareille à la nôtre, à part le fait que les gens ont du stucco à la place du poil pubien
  • Imaginé ce que serait le Mexique si on remplaçait tous ses habitants par de délicieux cornets de crème glacée
  • Joué au mini-putt avec Jandek (expérience traumatique)
  • Épousé un dauphin
  • Demandé à Raoul Duguay comment on s’y prend réalistement pour fendre la forêt avec ses nerfs
  • Exploré la narine gauche de Salvador Dali
  • Tenté de réaliser un documentaire choc sur la vie spirituelle du célèbre trifluvien Jean Langevin

Ou… tout simplement… j’avais la flemme d’écrire pour être lu par à peu près personne.

N’empêche que je dois aimer ça quand même un peu car me revoici avec une update passée-date pas à peu près !

En effet, vers la fin Juin de cette année, mon cousin Nicolas et moi avons enregistré un looooong épisode de Radio TaTari (qui est, par la force des choses, devenu un diptyque). Cette première collaboration fut ma foi fort plaisante à enregistrer mais assez douloureuse à l’écoute… Finalement, boire une quantité astronomique de cerveza en s’enregistrant déblatérer  de musique n’est pas forcément l’idée du siècle, mais bon… Le tout est très rigolo et sympathique quand même. Et la musique est très bonne.

L’idée derrière ces émissions ? Le tout est parti d’un bête défi Facebook. J’avais « défié » mon cher cousin adoré de me lister ses albums préférés. À la base, quand j’avais été défié, je devais choisir 10 albums. Je n’ai pas respecté la consigne. Et Nicolas l’a encore moins respecté, en choisissant pas moins de 35 (!!!) albums, après un processus qui fut fort exigeant pour notre cher mélomane aux goûts expansifs.

Donc Nicolas a le plein contrôle de la programmation musicale de ces épisodes. Et tous deux, nous commentons (mal) les choix de pièces, en déviant de sujet (un peu trop) souvent 🙂

Le tout dure pas loin de 5 heures (!!!….!!!), donc c’est pour consommateurs avertis ! Voici voilà :

ÉPISODE 9

ÉPISODE 10

*Il y a tellement d’erreurs factuelles que je crois que ça ne vaut même pas la peine de tenter de les corriger. À bon entendeur va.

Critique bière – 60 Minute IPA (Dogfish Head)

dogfish-head-60-min-IPA-1Brasserie : Dogfish Head (Delaware, USA)
Style : American IPA
Taux d’alcool : 6,0%

Note : ★★★★½

Les IPA (surtout les américaines) sont vraiment dans mes cordes depuis quelques années. Et celle-ci m’a littéralement botté les fesses.

La fameuse « 60 minute » IPA des renommés Dogfish Head est appelée ainsi car elle est continuellement houblonnée aux 60 secondes pendant sa lente ébullition. S’en résulte un produit qui a un punch certain et qui ravira ceux qui aiment leurs houblons bien présents dans leur bière.

Déjà au nez, l’arôme non subtil nous canarde les nasaux d’agrumes et de forêt de pins.

Au goût : premier éclat d’amertume… Super goût de houblon et de malt sucré. S’ensuit une intrépide marche dans un sous-bois rempli de grands conifères. Avalanche de fruits tropicaux qui te tombe dessus. Des amandes par ci par là. Un peu d’gazon. Finale cassonade qui se boucle sur une longue note amère. SUPER BON.

Le chronologie buccale : Très effervescent avant tout. Mordant/explosif au début, puis sirupeux/liquoreux pour une finale sèche/amère qui s’amenuise longuement. Bref, c’est de la très très très bonne IPA que voilà là. Rien de négatif à dire. J’en suis déjà à ma 3ème et je pleure déjà la disparition prochaine de mon 6-pack.

Sur le marché (mais plus dur à trouver), il existe la 75-minute, la 90-minute et la 120-minute (!!!) IPA des mêmes brasseurs qui ont aussi touché mon palais (à part la 75 min, très dure à trouver).

Accords bières et bouffe potentiels tels que suggérés par les Internet : nourriture frite et salée, une bonne pièce de viande sur le BBQ, mets indiens (curry en particulier), mets mexicains… ou encore côté dessert (et oui, ça se fait !) des truffes ou encore un gâteau au carotte maison.

Un « must » pour les amateurs de IPA !

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Critique bière – Vox Pop Ipa version Milkshake Vanille (Vox Populi)

vox-populi-vox-pop-milkshake-1Brasserie : Vox Populi (Montréal, Quebec, Canada)
Style : Milkshake IPA (lactose et vanille)
Taux d’alcool : 6,5%

Note : ★★★★½

Autre version…. autre régal ! La plèbe a parlé. Vox Populi se devait d’avoir leur version bien à eux de cette bière très tendance ces 2 dernières années : La IPA version « lait fouetté » ! Il s’agit bien entendu d’une IPA à laquelle on a ajouté une bonne dose de lactose (et parfois de vanille, comme c’est le cas ici), ce qui donne un côté plus crémeux à la bière.

Vous êtes dubitatif ? Vous pensez que lait et bière ne font pas bon ménage ? Vous seriez surpris de réaliser à quel point c’est bon !

Au look : pratiquement identique à ses consoeurs Vox Pop… Jaune voilé-brumeux, mousse opulente.

Au nez : L’aspect tropical/fruité est encore une fois très présent… Mais nos nasaux découvrent aussi la présence lactique dans cette concoction. Un aspect « crème fraîche » assez ravissant nous assaille les sens. Et on sent aussi le côté vanillé, tout discret. Dairy Queen, here we come !

Au goût : C’est opulent, crémeux, tropical, exotique, tiki-licieux ! Aussi divin que la version Mosaic mais avec l’aspect laiteux/onctueux/vanillé en prime ! La rencontre chimique entre les deux éléments dominants (fruits acides et lactose) entraîne de petits picotements sur la langue, qui se demande bien ce qui lui arrive mais qui redemande sa part de la divine boisson.

Au final, voici une bière estivale assez géniale pour accompagner un cheeseburger d’la roulotte d’a côté, en écoutant un vieux disque d’Exotica de Les Baxter ou de Martin Denny. Il faudrait une version Pina Colada un de ces 4… Et… oserais-je un jour l’essayer… en flotteur ?

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Critique bière – Vox Pop IPA Houblon Mosaic (Vox Populi)

vox-populi-vox-pop-ipa-simcoe-1Brasserie : Vox Populi (Montréal, Quebec, Canada)
Style : IPA mono-houblonnée au Mosaic
Taux d’alcool : 6,5%

Note : ★★★★½

Cette microbrasserie porte bien son nom ! La Voix au peuple ! Pour sa Vox Pop IPA dite « démocratique », elle sonde les amateurs de bières pour savoir quel houblon ils aimeraient voir exploité dans le brassage de leur précieux nectar… Chaque batch est ainsi différente et donc limitée. Ce qui fait qu’on peut passer (bien souvent) à côté de merveilles qu’on ne reverra pas de sitôt (voir… jamais !). Il faut rester à l’affut en tout temps avec ce brasseur merveilleux !

Cette version de leur célèbre IPA est brassée uniquement avec du Mosaic, un houblon américain qui est particulièrement savoureux. C’est un houblon qui apporte à la bière une palette d’arômes complexes : agrumes, fruits tropicaux et notes résineuses.

Bien hâte de découvrir ce que ça donne bien que je ne suis pratiquement jamais déçu avec Vox Pop !

Au look : liquide jaune presqu’entièrement voilé, mousse généreuse. C’est beau !

Au nez : Mmmmm, que c’est frais et hautement fruité ! On dénote la présence d’arômes d’ananas, de pamplemousse, de papaye, de pêche… Ça promet.

Au goût : Que dire de plus que MIAM ! Une autre belle réussite que cette version de la Vox Pop IPA. Un plein cortège de fruits délicieux (les ci-haut cités + fruits d’la passion, clémentine, orange) envahit nos sens buccaux sollicités jusqu’à pâmoison. Délicieusement juteux ! Les notes résineuses et herbacées caractéristiques du houblon Mosaic sont aussi de la partie. L’amertume est bien présente, bien que moins intense que ce qu’on retrouve dans beaucoup de bières du même style.

Au final, une EXCELLENTE version de la Vox Pop ! Je regrette déjà sa disparition.

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The Pale Fountains – Thank You / Meadow of Love

pale_fountains-thank-you-meadowAnnée de parution : 1982

Édition : Vinyle 7″, Virgin – 1982

Style : Jangle Pop, Pop Baroque, Sophisti-Pop

Note : ★★★★★

La pop-muzik faîte perfection… L’enchevêtrement onctueux de la jangle pop britannique 80s et de la pop baroque on ne peut plus sixties… C’est ce que vous propose ce single mirobolant des Fontaines Pâles.

Encore une fois, l’histoire se répète… Groupe encensé des critiques (John Peel en avait la trique pas à peu près) mais qui ne trouve pas la faveur du public anglais qui lui, se délectait plutôt du « Come On Eileen » des Dexy’s Midnight Runners (pièce que j’apprécie pas mal, ceci dit… mais qui n’arrive sincèrement pas au talon de la moindre note émise par les Fountains). Boudé par les radios, le quatuor originaire de Liverpool ne produira que 2 albums (magnifiques) ainsi qu’une ribambelle de singles tous plus magiques les uns que les autres.

Ça s’entend : les Fontaines aiment Love, les Beatles, Scott Walker et surtout ce bon vieux Burt (Bacharach), avec qui ils partagent le goût des arrangements luxuriants, sirupeux, somptueux, délicats… La voix de leur chanteur/guitariste (Michael « Mick » Head) a cette fraîcheur toute printanière et cette émotivité à fleur de peau… Elle coule avec délice dans l’appareil auditif. Ils ont un trompettiste (Andy Diagram) qui vient recouvrir une musique déjà opulente de notes chaudes et cristallines. Nos deux autres lascars, Chris McCaffery (basse) et Thomas Whelan (batterie), ne sont pas en reste et forment une section rythmique toute en douceur et en finesse.

Au delà des habiletés techniques des muzikos, ce qui m’épate au plus au point chez ces jeunes gens, c’est leur talent divin/inné pour composer et orchestrer des chansons pop qui te rendent instantanément nostalgique d’un passé imaginaire et fastueux… d’une époque qui n’a vraiment jamais existé ailleurs que dans ton monde intérieur, mêlant le réel et l’irréel. Ces deux chansons miraculeuses, c’est une clé pour y accéder à cet univers tissé en fils de paradis.

Prenez Thank You… Ce piano enchanteur, ces envolées orchestrales, ces notes de trompettes limpides, cette voix de gamin crooner, ce refrain avec ce falsetto allègre qui te chavire les sens… Bon Dieu que c’est beaaaaaauuuu !!!  Si quelqu’un n’a pas un rictus euphorique de scotché au visage à l’écoute de ce petit chef d’oeuvre et bien… euh… il vient probablement d’apprendre que sa grand-mère vient de décéder. Et c’est vrai que c’est assez triste. Je lui conseillerais plutôt d’écouter du Tom Waits ou du Nick Drake.

La Face B, « Meadow of Love », c’est les Fontaines en mode nocturne/bal masqué à Marienbad (avec un passage très James Bond-licieux en ouverture). Un autre délice pop porté par ces cordes vertigineuses, ce piano romantique à souhait, cette trompette jazzy et ces passages de flûte qu’on dirait sortie d’un obscur album d’Exotica. MA-GIS-TRAL.

Je reviendrai probablement sur les albums du groupe dans de futures chroniques mais en attendant, ruez vous sur ces deux pistes pour découvrir un des plus grands groupes (inconnu) de pop de tous les temps !

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Critique bière – Leo’s Early Breakfast (Dunham)

leos-early-breakfast-dunham-1Brasserie : Dunham (Dunham, Quebec, Canada)
Style : IPA
Taux d’alcool : 6,2%

Note : ★★★★★

Dans le palmarès des meilleures IPA québécoises, on retrouve (évidemment) la Yakima du Castor, la IPA du Nord-Est de Boréale, la Catnip de Noctem, la Moralité de Dieu du Ciel et… cette merveilleuse boisson au thé earl grey et à la purée de goyave de nos amis de Dunham.

J’ai découvert cette bière magique il y a 3-4 ans. Ce fut un coup de foudre instantané. À chaque fois que j’en voyais, j’en achetais des quantités astronomiques (« snif snif » de rouspéter mon budget. Qu’il ferme sa gueule, lui d’ailleurs). Malheureusement, je ne sais pas si c’est un coup de malchance, mais cette dernière année, je ne l’avais pas vu sur les tablettes des magasins spécialisés… Cette disparition m’a plongé dans une profonde dépression (je ne sortais plus de chez moi, je ne me lavais plus et je conservais mon urine dans des bocaux). Heureusement, mon anémie un brin psychotique s’est transformée en allégresse quand j’ai revu mon nectar faire son retour inespéré ; avec (en prime) une nouvelle étiquette fort sympathique qui rappelle un peu les dessins animés old school des années 20.

Est-elle aussi délicieuse que dans mes souvenirs ? Décapsulons et dégustons pour répondre à cette interrogation…

Au look, c’est un liquide avec une belle robe orangée-trouble qui tire vers l’ambrée. La mousse n’est pas très généreuse et disparaît promptement pour ne laisser qu’un mince collet qui surplombe le tout.

Au nez, c’est complètement éclaté… Beaucoup d’odeurs délicieuses amalgamées… Effluves de thé, d’agrumes (pamplemousse, mangue), de goyave, malt, résine (conifères-city), houblons…

Au goût, c’est toujours aussi merveilleux ! Le côté tropical arrive en premier, déversant ses vagues d’agrumes et de fruits tropicaux dans mon palais ravi. L’aspect « thé » apparaît plus tardivement (avec un côté floral proprement bluffant). L’amertume, franche, s’attarde longuement en bouche. Rafraichissant AS FUCK. C’est juste parfait.

Au final, cette bière demeure un enchantement gustatif toujours renouvelé ! Un de mes produits préférés d’un brasseur qui ne fait QUE de la qualité.

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Boards of Canada – Geogaddi

boards-of-canada-geogaddiAnnée de parution : 2002

Édition : CD, Warp – 2002

Style : Musique électronique, IDM, Ambient Techno

Note : ★★★★★

Geogaddi est un album étrange, à la fois accessible et avant-gardiste, prenant et inquiétant, mécanique et humain, diurne et nocturne, démoniaque et enfantin, moderne et poussiéreux, réconfortant et malsain, froidement chaleureux ; abritant son lot de mystères insondables et de secrets enfouis en son coeur… C’est une sorte d’antiquité futuriste – une carte postale jaunie provenant d’on ne sait où (qu’on découvre dans un coffre perdu au fond du grenier).

Duo de frangins écossais, Boards of Canada évoluent depuis la fin des années 80 dans un style qui leur est totalement propre (et copié par tant d’autres par la suite, avec plus ou moins de succès) : un croisement ingénieux entre ambient, techno, psychédélisme, hip-hop et trip-hop. C’est une musique qui puise une grande part de sa magie dans le mariage insolite qu’elle officie entre l’analogue et le digital ; le passé, le présent et le futur. Mais ce qui la rend si authentiquement géniale, c’est l’atmosphère quasi-indescriptible qui s’en dégage ; cette ambiance unique et hantée. Chaque son ici présent contribue à raffiner une toile sonore abstraite et ensorcelante… que ce soit celui d’une vieille nappe de synthétiseur, d’une voix filtrée au vocoder, d’un beat lancinant et syncopé ou d’un sample tiré d’un documentaire de la BBC des années 70 (sur la vie des plantes aquatiques). Geogaddi, c’est un album techno dont l’enregistrement aurait été hanté par le spectre d’un album de pop psychédélique obscur (et jamais édité) de la fin des années 60.

L’album se divise entre morceaux plus longs, souvent les plus planants, et des minuscules piécettes bizarroïdes et abstraites (servant d’intros et d’outros aux autres pistes). À son écoute, il se dégage vraiment quelque chose de profondément étrange (comme je l’ai mentionné plus haut) de cette oeuvre, une sorte de mélancolie douce et hermétique, qui renvoie immanquablement à l’enfance (à son côté merveilleux, à ses joies mais aussi à ses peines, ses peurs…). L’album est une longue mer de samples de voix d’enfants récitant des publicités, des informations touristiques et géographiques… des enfants qui jouent (comme sur la pochette, une des plus belles de ma collection) et qui nous invitent à vivre « dans un endroit magnifique dans la nature » (cette citation fait référence au massacre de la secte américaine des Branch Davidian… c’était la phrase-clé se trouvant sur leurs pamphlets publicitaires). En plus du côté « comptines enfantines et dérangées », les membres de Boards of Canada sont indiscutablement fascinés par l’histoire, mais aussi par les mathématiques (« Music Is Math »), la religion, la géographie, la science (« Alpha And Omega »), le cinéma et la culture en général. Leur musique est truffée de références à ces domaines (parfois sous la forme de messages métaphoriques ou subliminaux ; inversés dans la musique). Par exemple, pour continuer avec le thème des sectes, le morceau « 1969 » nous amène à penser aux meurtres perpétrés par le clan Manson cette année là. Lorsqu’on écoute « a is To b is To C » à l’endroit (ou devrais-je plutôt dire à l’envers), on peut entendre un monologue des plus singuliers, un espèce de mantra narcotique (« We..Love…You…All! ») de même qu’une chansonnette pleine de menaces (« If you go down to the woods today, you’d better not go alone! »). Tout ceci ne fait qu’accentuer le côté tourmenté de cet album de 66 minutes et 6 secondes…

Pour conclure, Geogaddi est un des disques les plus particuliers de ma discothèque, mais aussi l’un des plus savoureux. Rétrospectivement, c’est l’album qui a plus ou moins donné naissance au courant de « Hauntology » qui nous a amené certaines des oeuvres les plus intéressantes du 21ème siècle jusqu’à présent (The Caretaker / Leyland Kirby, Burial, Broadcast & The Focus Group, Ariel Pink, Oneohtrix Point Never, etc…). Un album extrêmement riche qui se laisse découvrir petit à petit… et dont on aura jamais vraiment fait le tour. Beau et étouffant, comme les rêves et les cauchemars d’enfants.

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